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Femme fatale, mode d’emploi

février 10, 2009

Ceci n’est pas un blog consacré aux nanars du cinéma américain, rassure-toi. Mais après l’allégorie Flashdance, ou le fitness comme outil d’accomplissement de soi, Bonnie a envie de te parler de sa première rencontre avec l’archétype moderne de la femme fatale, figure récurrente du septième art. Merci, le film du dimanche soir.

Eté 1992. Je suis bachelière avec mention, très myope, trop bien coiffée. Fraîche émoulue de l’enseignement catholique – pas coquette Bonnie, si t’es un clever Clyde, tu peux facile me dater au carbone 14 – et avide d’aventures nouvelles. Toute une éducation à faire, donc. Par quelle grâce ai-je atterri devant Basic Instinct, Soeur Madeleine Dieu seul le sait.

Dieu m'a donné la foi

Dieu m'a donné la foi

Ah si, je me souviens : Basic Instinct ouvrait le Festival de Cannes. En 2009, on penserait internet, on te parlerait buzz, on excaverait youtube. Pas de world wide réseau en 1992 : la rumeur vrombissait à l’ancienne, seule et têtue : une nouvelle sensation blonde et américaine gravirait bientôt les marches du Palais, de ses jambes supposées interminables. Après Total Recall, le nouveau nanar de Paul Verhoeven s’annonçait torride, la rumeur qu’elle disait, et allait faire scandale.

Mieux que de la montée des marches, je me souviens des images du photocall de Basic Instinct retransmises sur C+ : c’était donc elle la blonde, au bras d’un Michael Douglas heureux comme un pacha. Sharon Sensation Stone. Calée dans le canapé familial, j’étais fascinée – malgré sa robe tournesol moche.

La cristallisation… Ce moment dans une vie où, à force d’expériences et de connaissance de soi, à force de tailler ses petits cailloux dans un coin, un être humain trouve soudain son diamant et décide d’en retourner sa lumière au Monde, sans fausse pudeur. C’est une grâce vraiment. Un don du Ciel je sais pas, vu que c’est toi qui bosses quand même, mais une inspiration quasi-divine très certainement ; et quand t’as la grâce, tu irradies mieux que si t’étais montée en solitaire sur bague Chopard. C’est le Festival de Cannes dans ta tête, le Jimmy’z dans ton corps. En 1992, dans la fraîcheur éclatante de sa trentaine et la lumière de ce matin varois, Sharon Stone cristallisait grave.

Photocall Basic Instinct - Cannes 1992

Photocall Basic Instinct - Cannes 1992

Après Cannes, je suis allée voir le film en salle. Comme prévu, Basic Instinct me révéla des choses essentielles et insoupçonnées jusqu’alors :

– Le flic de cinéma est souvent un bad lieutenant complètement fucked up (pas d’Olivier Maréchal à l’époque, juste un Commissaire Moulin aussi sulfureux que sa parka Cuirs & Fourrures du Front de Seine)
– Il neige autant dans les toilettes des discothèques qu’à Courchevel
– La bisexualité oui ça existe, et c’est plus sexy chez Paul Verhoeven que chez Mireille Dumas
– Le pic à glace n’est pas pratique en cuisine, lui préférer un classique bac à glaçons

Et surtout : être une femme fatale requiert une attitude certaine, une garde-robe de folie et un paquet de blondes légères.

En vrac, je garde dans mon panthéon-dressing : la robe blanche col montant emmanchures américaines portée par Sharon dans la scène-culte, beaucoup de maille très loose – trop grand en fashion jargon 2009 -, des leggings portés sur cuissardes en daim plates, une mini-robe en sequins or avec un décolleté bénitier descendu jusqu’aux reins. Et même le col V de Michael tiens, porté à même la peau, je garde aussi.

"Ma petite robe pour aller danser"

"Ma petite robe toute simple pour aller danser"

En vrac, je garde l’insolence de Sharon, adoucie de ce cool typiquement américain, ce regard d’impératrice aux sourcils épais, le goût de la conduite sportive en bagnole improbable, cette intransigeance de serial-killeuse qui succède sans crier gare à des moues de petite biche paumée : « Ils sont tous morts, Nick. Tous ceux que j’aime meurent, Nick. Fais-moi l’amoooour » (sur la peau de mouton devant le feu de bois, sans te commander, Nick). Tu te marres, mais moi Bonnie, ça m’émeut dedans.

Dans l’arsenal de la femme fatale, j’essaie cependant de bazarder les clopes – et c’est pas facile tous les jours. Joe Eszterhas, scénariste du film (et de Flashdance, ça ne s’invente pas), ancien fumeur militant et atteint d’un cancer du larynx, lutte depuis 2002 contre ce qu’il a lui-même contribué à ériger : le mythe d’une cigarette glamour et rock’n roll à Hollywood.

"I'm haunted by the fact that I may have caused lives to be lost."

Eszterhas : "I'm haunted by the fact that I may have caused lives to be lost."

Gloups.

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4 commentaires leave one →
  1. bullesdinfos permalink
    février 11, 2009 6:35

    Si je compte bien, t’as 28 ans Bonnie non ?

    Tss tss les blondes améwicaines…

    Bah sinon t’as remarqué que Sharon elle rajeunit à mesure qu’elle vieillit ? Fatale non ?

  2. Bonnie permalink*
    février 11, 2009 6:50

    Bravo, t’es forte en calcul mental !
    Pour la Sharon 2009, oui je suis d’accord avec toi. Ce qui est terrible dans la cristallisation des stars, c’est la chute qui s’en suit inexorablement, et qu’on essaie de rattraper à coup de Dior Capture et Photoshop ;-) Voilà pourquoi pour moi, Sharon, ça restera toujours 1992, voire 1995 dans Casino. Point barre.

  3. Annabelle permalink
    février 12, 2009 8:18

    Bon alors moi je dis va falloir gloser plus court – sur les blondes !

Trackbacks

  1. What a feeling ! « bonnie parcoeur

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