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La vie des idées

février 20, 2009

Lu la semaine dernière dans Le Nouvel Observateur, à la fin d’une interview d’Alain Badiou à l’occasion de la sortie de son Second Manifeste pour la Philosophie :

N.O. : Au démarrage de la crise financière, vous écriviez : « Rien n’est plus important que de retrouver la passion des idées, et d’opposer au monde tel qu’il est la certitude anticipée d’un tout autre cours des choses.«  Qu’est-ce qui peut aujourd’hui fortifier cet espoir ?

A. Badiou : Le système est à bout de course. Il faut donc que quelque chose arrive. Une idée criminalisée par la propaganade des dernières années. Notre situation m’évoque celle de 1840. la Révolution n’était plus qu’un souvenir ténébreux, une époque impériale lui avait succédé et une part de la jeunesse désespérait, tentée par le nihilisme. La philosophie a toujours eu un rôle particulier à jouer dans ces moments-là. Celui d’une impulsion. »

Les mots de Badiou m’ont étrangement poursuivie les jours suivants… Sous la douche, dans ma voiture, au bureau.

Non que je goûte particulièrement la philosophie. Question pensée contemporaine, limite je trouve les saillies grinçantes de Karl Lagerfeld plus justes à décrire les affres de l’homme moderne que celles d’un BHL trop occupé à repasser ses blanches chemises construire sa propre légende. Et K.L., ça claque carrément comme nom de philosophe.

"Êtes-vous heureux, Karl ? - Darling, je ne suis pas si ambitieux"

"Karl, êtes-vous heureux ? - Darling, je ne suis pas si ambitieux"

Le désormais spectral Glucksmann a passé l’arme à droite. Il écrit des livres avec son fils Raphaël pour expliquer Mai 68 à Sarkozy. Sur la couverture, Raphaël G. est assez sexy d’ailleurs, façon Vincent Delerm gone wild, clope au bec et coiffé-décoiffé (mais sans la frange mythique de son paternel) de celui qui pense très fort.

Glucksmann père et fils

Les Experts Rive Gauche

Raphaël 5 consonnes et 4 voyelles Enthoven ? Aussi subversif que la chanson qu’il a inspirée. Ali Baddou ? Animateur – talentueux au demeurant – d’un Grand Journal baigné de spotlights. La Société du Spectacle, encore et toujours. De jeunes et jolis agrégés de philosophie investissent la scène médiatique. Le questionnement du monde accessible sur mass medium, l’amour de la sagesse dispensé sur le câble, la TNT et l’ADSL… L’idée est-elle si déplaisante après tout ? A mon humble avis, la réponse est non, si tant qu’à descendre dans l’arène, on ne se perde pas en chemin à descendre tout court.

Cette réflexion me ramène bizarrement sur les genoux de ma mère. C’est là que gamine je regardais, fascinée, les invités de Michel Polac s’écharper sur le plateau de Droit de Réponse. C’est là que j’ai rencontré – ailleurs que dans Hansel et Gretel – un ogre, ce Charles Bukowski épanchant sa soif de Sancerre à même le goulot chez Bernard Pivot. Gamine j’étais, et je ne saurais objectivement dire à quelle altitude volait à l’époque le débat d’idées. Ensuite, en toute honnêteté, je n’ai pas lu Glusksmann père & fils et BHL m’est vite tombé des mains. Mais Bonnie est bercée de pop culture, tu as remarqué. Et j’avais envie de partager ce ressenti, en pleine conscience de sa subjectivité.

Bukowski et Amy Winehouse

Charles Bukowski et Amy Winehouse

Tandis que certains ne prêtent leur flanc qu’à ma moquerie facile, Badiou lui m’a intriguée et interrogée. Un saut sur Wikipedia m’apprend que l’homme est philosophe, dramaturge, romancier et professeur honoraire à l’ENS Ulm. Figure de renom de la vie intellectuelle française, un de nos penseurs les plus connus à l’étranger avec Jacques Derrida. L’article est aussi barré d’un encart rouge, pour indiquer une « controverse de neutralité » : le fort ancrage à gauche, tout à gauche, de Badiou, ancien dirigeant du maoïsme français, + quelques sorties polémiques lui valent logiquement sa bonne brouette de détracteurs.

Alain Badiou

Alain Badiou

Mais ce n’est pas le pedigree politique qui m’intéresse ici, vraiment pas du tout le propos, tu comprends ? Juste la simplicité lumineuse de quelques lignes lues au hasard d’une interview. Et englués que nous sommes dans cette crise ambiance fin de règne, assommés par l’idée que le dos rond reste la seule posture possible, en attendant que ÇA se passe, matraqués pourtant par les médias, comme quoi ÇA ne passera pas de sitôt – englués /assommés / matraqués donc -, ces lignes m’ont fait du bien. La passion des idéesCet autre cours des choses possibles... Une impulsion. Même si ce ne sont pas celles prônées par Badiou.

Et j’ai repris le volant de ma Bonniemobile le lendemain matin, animée d’une vaillance nouvelle, creusant à l’échelle de MES petites idées, me persuadant d’un tout autre cours des choses possible. Et toi, as-tu déjà réfléchi à ce que pourrait être un autre cours des choses pour cette société costaude comme le Titanic ? Je veux dire un autre plan qu’une communauté post-raëlienne reculée dans la pampa, aux statuts rédigés après un Grand Soir de cuite ? Parce que les macarons de princesse Leia, l’uniforme pour tous, les moon-boots blanches et la vie de kibboutz, ça peut vite gaver Bonnie au point d’en devenir libérale, et du genre ultra, tu vois.

Revolution Leia, du style et des macarons

Moi Leia, je fais tout péter avec style

Si la pensée de Badiou t’intéresse en détail, le voici s’exprimant l’année dernière chez Frédéric Taddei (le Michel Polac 00’s ?) pour la sortie de De Quoi Sarkozy est-il le Nom ?. Attention, ce n’est pas de l’eau tiède, ainsi que l’évoque le sous-titre de l’interview : Badiou, le dernier penseur radical ?

Edit ! Checke aussi cette interview très récente et instructive sur BFM.

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5 commentaires leave one →
  1. Bulles d'infos permalink
    février 21, 2009 10:35

    La vie des idées un samedi matin après une soirée un peu arrosée, va falloir que tu me laisses un peu de temps pour sortir un concept… je reviens…

  2. février 21, 2009 11:39

    Une soirée un peu arrosée n’a jamais arrêté un Bukowski ;-)

  3. bullesdinfos permalink
    février 21, 2009 12:42

    Oui ben justement… ni une Amy Vindemaison hein ?

  4. Higgins permalink
    février 21, 2009 3:08

    « A mon humble avis, la réponse est non si » là y a tout un concept philosophique.

  5. février 21, 2009 3:16

    OK Higgins, faut que je change la virgule de place, c’est ça ? Ou j’ai pas compris ? :-)

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