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Je marche seul

mars 5, 2009

Ami de la culture et de la hype, il ne t’aura pas échappé que David LaChapelle s’expose actuellement à la Monnaie de Paris. S’exposer est le mot : outrageuses, ultra-chromatiques, les œuvres du photographe américain sont aussi saturées de pop symboles, jusqu’à l’écœurement. Sexe, consumérisme effréné, décadence jet-set et autres vanités modernes s’entrechoquent dans ces compositions baroco-kitsch. Une mise en abyme cruelle et surréaliste des travers d’une société trop occupée à vénérer son propre nombril pour entendre la fin de règne qui tonne en arrière-plan. J’imagine déjà mon cher Guy Debord rigoler d’outre-tombe : car en digne Wharol 00’s, LaChapelle ne fait rien d’autre que nous conter par le pixel notre Société du Spectacle. Regarde donc, il nous jette à la gueule le reflet de nos egos tout boursouflés et figés comme au botox.

Amanda as Andy Wharol's Marylin - 2002

Amanda as Andy Wharol's Marylin - 2002

Un jeu de miroir si réussi que l’américain est lui-même adulé par – et comme – les icônes qu’il dézingue. Éditeurs de mode, publicitaires et rock-stars se l’arrachent. En plus des spots TV et de son film Rize (sorte de Fame à la sauce street ghetto), LaChapelle a dirigé de nombreuses vidéos pour Moby, Madonna, Cristina Aguilera, Britney Spears, No Doubt… L’une de mes préférées demeure Tears Dry On Their Own d’Amy Winehouse. La réalisation est plutôt simple : séquences alternées d’une Amy toujours bougon, qui chante son désespoir aux quatre murs de sa chambrette ou qui chante son désespoir en marchant dans une rue bondée.

Certes, j’aime la chanson. Mais je dois avouer que le travelling appliqué à la mise en images d’un morceau cher à mon coeur lui confère une nouvelle dimension. Tu connais le travelling, non ? Cette technique de cinéma consiste à déplacer la caméra pour suivre un sujet en mouvement.

En clair, colle ton chanteur favori dans le cadre, fais-le remonter à contre-courant une rue grouillante, indifférent à la faune de figurants autour, de préférence hétéroclite : péripatéticiennes en mini-short vinyl et léger surpoids, automobilistes passablement énervés, bandes rivales chauffées à blanc, méchants rottweillers, officiers de police un peu torves… Fais-y donc traverser tout ce bordel urbain, au chanteur, quitte à ce qu’il se prenne de méchants coups d’épaule pendant sa percée, tellement il est pénétré de ses paroles. Généralement un truc profond, qui se passe pas comme il faudrait dans sa vie. Lorsque pratiqué d’une seule traite, Wikipedia appelle ça le « Sidewalk Journey«  format. Eh bien, ce voyage-là me transporte, tu vois : j’ai soudain la folle envie de chausser mes bottes de moto pour fouler le macadam jusqu’au Monoprix pas loin et brailler mon tourment aux bichons maltais qui s’en foutent comme de leur premier Pedigree Pal.

Un exercice de style, te dis-je et parmi mes travellings-cultes, outre Amy façon LaChapelle, les excellents élèves sont :

Massive Attack, avec le planant et sublime Unfinished Sympathy en 1991 – profites-en pour réécouter l’album Blue Lines ! La trekkeuse au long cours s’appelle Shara Nelson, elle déambule sur West Pico Boulevard, à Los Angeles, là où même les clebs portent des lunettes de soleil. C’est LA prêtresse du Sidewalk, qui enlève tout le plan-séquence d’un bon pas crâne.

Ouvertement inspirée de cette dernière, la vidéo du désormais mythique Bitter Sweet Symphony de The Verve (1997), tournée dans le quartier d’Hoxton à Londres. Richard Aschcroft est carrément fait pour cette discipline : son corps dégingandé se cogne partout, son visage minéral est d’une inexpressivité brûlante, son magnétisme d’animal à sang-froid tétanise le moindre chicaneur, et les Clarks à ses pieds lui assure le confort ad hoc pour sa trotte. Ashcroft, c’est LE seigneur du Sidewalk – c’est un seigneur tout court, d’ailleurs.

Et enfin, je terminerais bien par I Still Haven’t Found (What I’m Looking For) de U2, en 1987 22 ans déjà, la vache ! Un choix osé, car il s’agit là d’une version iconoclaste du déambulé-chanté de rue. Bono est ce grand enfant incapable de tenir en place, alors lui demander de se taper cet entier boulevard de Las Vegas en ligne à peu près droite, tu penses… T’aurais plus vite fait d’épargner pour le remboursement de la dette africaine. Faut toujours qu’il s’arrête en cours de route Bono, pour faire le beau, se chamailler avec un gosse, danser tout seul ou tripoter une blonde qui passe. Insupportable mais bon, je l’aime quand même. The Edge l’impassible tient bien mieux le cap, c’est un genre de troubadour de l’Almost Sidewalk, je dirais.

PS : Pour les jeunes générations qui s’interrogent, le titre de ce post est une référence à la chanson éponyme de Jean-Jacques Goldman (1985). Dans la vidéo, il faut attendre une bonne minute pour le voir dans sa petite marinière, baluchon jeté sur l’épaule, marcher seul / dans les rues qui se donnent / et que la vie lui pardonne. Je sais pas pour toi, mais ça me fait moins rêver, de suite.

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24 commentaires leave one →
  1. mars 5, 2009 7:45

    C’est fou ! Tu viens de résumer en un travelling 20 ans de chansons (et pas les moindres). Comme quoi, une demi-heure de marche par jour, ça peut mener loin.

  2. mars 5, 2009 9:27

    (une autre Annabel/le ?!) Gros plan sur un travelling d’un autre genre (cf post précédent) : le cadre est serré, bravo ! (franchement, bien trop d’honneur de retrouver JJG parmi cette élite…)

  3. mars 5, 2009 9:44

    @Annabel : merci pour ton comment sur le blog de Bulles ;-) Je ne m’étais même pas rendue compte que je venais de balayer 3 décennies musicales… Alors oui, la marche ça conserve, et apparemment même ce cher Richard Coeur de Lion qui ne pue pourtant pas les 5 fruits et légumes par jour.

    @Annabelle : JJG ne fait pas partie de mon top hein ! Connaissais même pas la vidéo… Mais en cherchant un titre autre que Travelling, ça m’est revenu et il fallait bien que je voie, si vraiment, il marchait seul ! Je trouve justement le contraste saisissant et pour une fois, on ne peut même pas mettre ça sur le compte des 80’s, cf U2 à peine deux ans après.

  4. bullesdinfos permalink
    mars 5, 2009 11:25

    AAAAAAAAAAHHHHHHHH Bonnie mon netvibes n’a pas l’air de se refresher, il ne m’avait point prévenu de ce billet nouveau que j’ai savouré.
    Donc ben tu me connais hein qu’est-ce que j’en retiens ? Mon Bono de moi marchant et tripotant des blondes (et pourquoi pas moi bordel !!). Bon sang The Edge a bien fait de se couper les tifs.

    Et bon là je dois dire que je me prosterne devant toi qui nous balance un Jean-Jacques de derrière les fagots. L’idole de mes 10 ans, 11 ans, 12 ans… Bon sang je kiffe cette intro, je kiffe les marins (tiens en parlant de ça j’ai croisé Cédric de la nouvelle star l’autre jour) et je le dis et le redis : Jean-Jacques nous manque !!! j’m’enfuis, j’oublie, je m’offre une parenthèse, un sursiiiiiiiiiiiiiiis…

  5. bullesdinfos permalink
    mars 5, 2009 11:28

    Ah ben je suis contente, je sais qui est Higgins maintenant, je me demandais…

  6. mars 5, 2009 1:05

    @Bulles : notre Bono de nous, tu veux dire. T’es pas partageuse ou bien ? ;-) Je sens d’ailleurs que ce blog va encore s’enrichir de quelques réflexions sur le Bono de 30 ans, une figure qui me touche au plus haut point, donc checke bien ton netvibes.

    Quant à JJG, en gris clair ou gris foncé, j’ai jamais accroché. Comme je le disais à Foxy, j’aimais bien Américain-aaaaain (Long is the road), surtout les damdam-dadodam du début. Sur Youtube, la seule version dispo est en anglais et ça vaut le détour… Et puis, Là-bas peut-être, pour Sirima et le solo de batterie de la fin.

  7. mars 5, 2009 1:33

    Est ce que tes posts ne seraient pas un pretexte pour parler de U2 et clamer au monde ton amour de Bono ? :)

  8. mars 5, 2009 1:45

    @Bouquiner : peut-être bien… Mais le Bono de 30 ans uniquement. Plus sérieusement, je trouve que l’histoire de ce groupe qui tient depuis 33 ans est aussi un bon révélateur de l’époque. J’aimerais bien que ce blog soit finalement des chroniques de l’époque, notamment via l’art populaire, le shopping, les garçons…

    Et puis, j’ai même pas acheté le nouvel album, le single ne me plait décidément pas, et je ne cède pas à tous les caprices de Bono, faut pas déconner.

    Et puis, j’aime Richard Ashcroft aussi, personne n’a remarqué ???

  9. mars 5, 2009 2:44

    Si moi !
    C’est un amour partagé.
    D’ailleurs je reviens ici me remettre un p’tit coup de Bitter Sweet Symphony. Je me souviens encore du séisme la première fois que j’ai entendu cette chanson… trooooop bien ! J’adore son côté psycho-pâte.

  10. bullesdinfos permalink
    mars 5, 2009 2:48

    Bouquiner : en fait je me demande si ce blog n’a pas été créé pour ME permettre de clamer mon amour à mon Bono de moi (et d’exprimer ma mégalomanie tat qu’on y est). Mon blog ne suffisait pas.
    Car contrairement à Bonnie (voui je partage ça va oh !), j’aime tous les Bono, pas seulement celui de 30 ans.

    Et Jean-jacques aussi, n’oublions pas Jean-Jacques.

    Tiens c’est drôle Bonnie-Bono, j’avais jamais remarqué ;-)

    Richard Ashcroft ??? Ah nan on n’avait pas remarqué…

  11. mars 5, 2009 2:52

    Râaaaaaa :)
    Cette chanson provoque une décharge émotionnelle si forte, c’est carrément un hymne, avec ses violons lancinants… Elle a été classée 382ème meilleure chanson de tous les temps par Rolling Stone (pour Bulles, One de U2 est 36ème de ce même classement).

    You’re a slave to money / Then you di-iiiiie

    Pour info, y a une super version live de 10 mn de Bitter Sweet… à Glastonbury 2008, sur Youtube. Et Love is Noise sur le dernier album me procure des frissons à peu près du même ordre.

  12. mars 5, 2009 2:55

    @Bulles : Oui, je viens d’ici penser aussi. Je me tâte sur l’opportunité d’une catégorie Bonnie et Bono, sur le modèle Chapi Chapo (patapo) Je te laisse faire à ta guise avec Jean-Jacques.

  13. bullesdinfos permalink
    mars 5, 2009 3:06

    Ouais Bulles de Jean-jacques
    Mais Bulles de Bono ça sonne mieux…
    Je me demande si je vais pas rebaptiser mon blog même…

  14. mars 5, 2009 3:14

    Que 382ème ??? De toute façon quand on s’appelle Rolling Stones, on est forcément de parti pris.

  15. mars 5, 2009 3:17

    Voici les 5ères du classement :

    1. Like a Rolling Stone, Bob Dylan
    2. Satisfaction, The Rolling Stones
    3. Imagine, John Lennon
    4. What’s Going On, Marvin Gaye
    5. Respect, Aretha Franklin

  16. bullesdinfos permalink
    mars 5, 2009 3:25

    Ahhh What’s going on, dans les 5 ma préférée… enfin y’a que des morts dedans non ? Oups non remarque ;-)

    Je viens de checker, sur google on remonte pas super bien sur Bono. Glamurel on squatte toujours mais faudrait qu’Annabel se fende d’un petit billet pour en remettre une couche.
    En revanche Bono faut encore bosser.

    Oui dans une autre vie, je faisais du référencement sauvage…

  17. mars 5, 2009 3:27

    1er : Like a Rolling Stones ???
    Ce serait pas de l’auto-piston, ça ?
    Nan sérieusement, le classement est fait par année n’est-ce pas ?

  18. mars 5, 2009 3:33

    Pour le premier, je suis bien d’accord, c’est carrément la technique.
    Non, je ne pense pas qu’il soit annuel, vu que c’est le classement de jésus-christ à nos jours.

    Je viens de jeter un oeil sur Wikipedia pour confirmer :
    The 500 Greatest Songs of All Time was the cover story of a special issue of Rolling Stone magazine published in November 2004.

    En 2003, ils avaient fait The RS 500 Greatest Albums of All Time.

    « Rolling Stone 500 » sur google te donnera toutes les infos.

  19. mars 5, 2009 3:37

    Alors dans ces conditions là, chuis pas d’accord !
    Mais bon, comme on dit : »pierre qui roule… »
    Allez hop, encore un p’tit coup de Bitter Sweet Symphony. Je m’en vais faire péter le score su YouTube, hé hé hé !

  20. mars 5, 2009 10:51

    J’arrive un peu tard après la soupe… Je me contenterai donc de saluer Bulledinfos (car je sais qui tu es, aussi ;)

  21. mars 6, 2009 8:42

    Petite info de dernière minute : une autre génération a été touchée par la grâce de Richard Ashcroft.
    Je clique sur Bitter Sweet Symphony, bats la mesure quelques secondes, me retourne et qu’est-ce que je vois ? : Mon fils d’un an ondulant, pour la première fois, au rythme de la musique ! Et c’était sur la 382ème meilleure chanson de tous les temps par Rolling Stone. Il ne me reste plus qu’à lui passer les 381 premières.

  22. mars 6, 2009 9:14

    Cet enfant est bien parti dans la vie. Je pense qu’il lui faut maintenant de petites Clarks pour qu’il traverse de long en large le bac à sable, en filant des coups d’épaule aux gosses qui se mettraient sur son chemin ;-)

  23. mars 6, 2009 11:10

    C’est tout ce que je lui souhaite ! :-)

  24. mars 6, 2009 1:19

    Et je constate avec soulagement que nous ne sommes pas les seules atteintes de bittersweet-monomanie, avec ce commentaire posté sur la page youtube du clip :

    I think I heard this song over 100 times and it still touches my heart every time…and I’m a hardcore raver (music is usually 150 bpm and higher) Wonderful song…just wonderful…

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