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Good music makes a tree for shelter

mars 12, 2009

Luxe de poésie, que d’écrire à l’attention de celui qui ne te lira pas. Pudeur débile qui t’empêche de lui dire les choses, pourtant. Peur panique du ridicule qui t’interdit la ligne droite, le franco de port, la balle 9 mm en plein sa jolie petite gueule de crevard. Quand ton coeur est spasmodique, y a tous tes bras qui secouent en cadence. Oui les deux, pas un pour rattraper l’autre. Tu te dis que la cible est mouvante, mais c’est juste toi qui ne sais plus viser. Paumé, le parabellum. Paumée, Bonnie. Juste paumés. Alors, tu racontes des bêtises, pour museler ta peine. Tu fais rire les autres, pour ne pas le pourrir au premier degré, lui. Tu fais de l’esprit pour cacher tes mains qui tremblent, t’en turbines des mégawatts même, un vrai petit réacteur à bons mots. T’as la trouille de ce que ça pourrait donner, si tu t’écoutais vraiment. Et si tu n’entendais que le bêlement de la sensiblerie ordinaire, conjuguée à la première personne ? Et si tu réveillais la petite Hélène Segara en toi ??

Lamento sirupeux oui
Fange douce-amère qui me pourrit la life et me ronge les sangs
Je me roule dedans

Hey !!! Je viens là de pondre inopinément comme qui dirait un haïku, mon premier – tu sais, le petit poème à la japonaise, visant à décrire l’évanescence des choses en 3 phrases, avec une forme de détachement. Tu vois bien : quand j’essaie d’accoucher ce petit coeur boursouflé, il me glisse des mains et s’échappe dans l’ironie. Hum.

Au bord de la route / Cette rose trémière / Broutée par mon cheval - Bashô (1644-1694)

Au bord de la route / Cette rose trémière / Broutée par mon cheval - Bashô (1644-1694)

Mes copines ont raison : ce Clyde me rend con comme un troubadour. Et il m’a donné bien du chagrin certes, mais aussi des curiosités nouvelles, dont celle de l’electronica : « Musique de l’âme », disait le mot sur quelques CDs qu’il m’avait laissés un jour en guise d’initiation. Alors quitte à se rouler seule dans la fange maintenant, autant la choisir comme une grande. Quitte à se noyer, autant le faire dans ces limbes de synthés sombres et enveloppantes. Et t’en boufferas de la boue, et t’en auras du limon entre les dents. Et t’en prendras par rafales, des vieilles branches, et elles te grifferont salement le visage le long de la descente. Car tu descendras bien bas, mon ami. Si profond même qu’avec de la chance, tu toucheras la Terre en son noyau. Tu seras lessivé, laminé, en lambeaux. Face contre terre oui, mais face contre la Terre. Et alors, sous la lave, les cendres et la désolation, tu entendras sa pulsation de bonne Mère sourdre derrière le bpm imprimé par les machines. Et si de cette chance tu te saisis, tu pourras te caler sur ce rythme originel pour qu’enfin le coeur reparte. Sous les alluvions, se cache l’eau claire de ton âme, il paraît.

The birds remind me of what we made
The birds remind me
Of what remains

The Birds, sur l’album Immolate Yourself de Telefon Tel Aviv, duo américain de musique électronique, formé par par Joshua Eustis et Charles Cooper, aux haïkus bien meilleurs que les miens.

Dans une interview en 2008, comme une étrange prémonition, Eustis déclarait : « I knew I was out on the wolds and the storm was coming and I had to make a tree for shelter or I would perish in the torrents, while Charlie looked over the brink and considered another way out. « 

Le 22 janvier 2009, deux jours après la sortie de l’album, Charles Cooper, le tendre sourire au t-shirt jaune, descendit profond et ne remonta pas.

Ah ! Et à ceux qui chercheraient le name-dropping entre ces lignes, Rimbaud me fait dire que « Je est un Autre », parfois. Moi ça va sinon, merci.

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7 commentaires leave one →
  1. mars 14, 2009 10:19

    Difficile de laisser un commentaire par mes gros doigts boudinés après ça.
    Juste un long silence de compréhension et un haïku :

    la rivière en été

    au milieu du courant

    je me retourne

  2. mars 14, 2009 12:06

    @Annabel
    Merci.
    Des gros doigts boudinés, t’es bien sûre ? ;-)
    Je suis de + en + frappée par la puissance des haïkus.

    J’aime beaucoup celui-ci de Jack Kerouac :

    All day long
    wearing a hat
    that wasn’t on my head.

  3. Marc-Henri permalink
    mars 14, 2009 7:28

    Sans te commander et en souvenir d’une soirée sans thème…
    Ose passer à toutes les autres belles choses de la vie… Miss Bonnie pas le coeur à rien… pas encore…

    Au fait c’est quoi un haïku détaché..?
    C’est une page immaculée…

    Bashung est mort.

    Paix à son slam.

    C’est un beau Blog, madame.

  4. mars 14, 2009 8:23

    @Marc-Henri
    Mouah, mais c’est bien fini ! J’avais juste envie de faire un post sur une expérience de spéléo :-)

    Bashung, Bashung : des atomes, il peut faire ce qu’il veut, maintenant.

  5. mars 14, 2009 10:27

    Je me rends compte qu’ici aussi, je suis en retard de lecture(s)… Rimbaud à la rescousse : « Nargue aux inconscients…! » ;)
    Bises, et à MH aussi juste au-dessus :)

  6. mars 15, 2009 6:41

    « Maintenant, je m’encrapule le plus possible. Pourquoi ? Je veux être poète, et je travaille à me rendre Voyant : vous ne comprendrez pas du tout, et je ne saurais presque vous expliquer. Il s’agit d’arriver à l’inconnu par le dérèglement de tous les sens. Les souffrances sont énormes, mais il faut être fort, être né poète, et je me suis reconnu poète. Ce n’est pas du tout ma faute. C’est faux de dire : je pense : on devrait dire : On me pense. – Pardon du jeu de mots.

    Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon, et nargue aux inconscients, qui ergotent sur ce qu’ils ignorent tout à fait !

    Vous n’êtes pas Enseignant pour moi. Je vous donne ceci : est-ce de la satire, comme vous diriez ? Est-ce de la poésie ? C’est de la fantaisie, toujours. – Mais, je vous en supplie, ne soulignez ni du crayon, ni – trop – de la pensée » (Arhur Rimbaud, Lettre à Georges Izambard, 13 mai 1871).

  7. bullesdinfos permalink
    mars 15, 2009 11:05

    Trop dur pour une reprise le dimanche.
    Je repasse lundi…

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