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Let the sunshine in

juin 23, 2009
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« Je voudrais être cet arbre qui accepte de se laisser transpercer par la lumière. Ça fait mal, tu crois, d’être transpercée de la sorte ? »

Bords de Marne - Juin 2009

Bords de Marne - Juin 2009

Certainement moins que de rester tapie dans un coin sombre, sans bouger. A force, tu as fini par te convaincre des bienfaits de l’impassibilité, tu t’amuses à l’envisager comme du hiératisme. Le soir, tu joues à compter tes respirations accroupie sur un petit coussin de méditation, tu aspires à la frugalité des sentiments, au détachement qui rassérène, au renoncement même, comme une élégance de l’esprit, un carmel moderne. Mi-d’Avila, mi-Dalaï-Lama. Ne manquent plus que le rosaire et la cornette, car le mantra lui, est bien là, prêt à dérouler son adresse à l’ankylose : si tu ne bouges pas – inspir – il ne t’arrivera rien, rien de pointu, rien d’acéré, rien de tranchant, rien qui ne blesse – expir – et tu seras enfin à l’abri – vapeurs d’encens.

Que tu croyais.

A l’abri oui, tu l’es. De la lumière surtout. T’as arrêté de synthétiser la vitamine D à force, arrêté d’écrire, tu te sens flétrir sur pied, et tu finis par penser que c’est normal, après tout, comme destin de plante verte. Tu as bien vécu hein, tu as foisonné même, une vraie tubéreuse. Sois-en reconnaissante, merci Dieu, Bouddha, qui tu voudras, souviens-toi des parfums et laisse la place aux jeunes pousses. Inspir – expir – vapeurs d’encens.

A l’abri, disais-tu ? Tu as assez de pierres sur l’estomac pour t’en faire un nouveau chapelet, très jolies ces pierres dis-moi, passe-les donc autour du cou en collier qu’on te voie ployer comme sous la croix. Tu ne pourras plus bouger ; telle était ton aspiration et elle est comblée, au-delà de toute espérance. Et toi alors, es-tu comblée ? Du détachement, tu n’as qu’un ersatz creux, en forme de vide et d’absence. En fait de créature éthérée, tu es devenue fantôme. Et tu vas te choper un rachitisme tout pourri en plus, un mauvais scorbut ou n’importe quelle autre de ces pathologies qui te fascinaient gamine, dans les manuels d’histoire. Une de ces maladies de marins au long cours, de ces carences qui dégénèrent en silence dans le secret de tes cellules, si l’on n’y prend pas garde.

Méthode Coué : si tu ne bouges pas, ça oui pour sûr, il ne t’arrivera rien – rien de pointu, d’acéré, de tranchant, rien qui ne blesse ; il ne t’arrivera rien tout court d’ailleurs et tu auras mal quand même.

Coué mon cul. J’ai trop peur.
Même de livrer ce genre de texte ici tiens, j’ai peur. Dire que je n’ai pas soupesé chaque virgule, que je n’ai pas cherché sans cesse le bon mot, dire que que ce texte pourrait être tout aussi triste, mais bien meilleur. Le dire, l’écrire, le publier quand même. Soyez pas vaches.

Un clin d’oeil à Airuos que je ne connais pas, mais dont j’aime les billets comme des instantanés simples et très gracieux, aux références toujours justes et choisies. Sans le savoir, à sa façon, elle m’engage à la spontanéité.

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17 commentaires leave one →
  1. Bulles d infos permalink
    juin 24, 2009 6:49

    Ma chère Bonnie, tu as bien fait de braver la peur pour publier ce billet car enfin enfin enfin nous pouvons te lire. De toute façon, tu sais ce qu’on dit non ? « La peur n’évite pas le danger ».

    Tiens j’en ai une autre : « Je voudrais être un arbre, boire l’eau des orages
    me nourrir de la terre, être ami des oiseaux,
    et puis avoir la tête si haut dans les nuages
    qu’aucun homme ne puisse y planter un drapeau »

    C’est de Renaud ;-)

  2. juin 24, 2009 9:01

    Il était temps que tu sortes de ta caverne si t’avais choppé le scorbut on aurait été trop tristes pour toi.
    Eve la débile.

    Merci à Airuos alors si elle t’a engagé à la spontanéité.
    C’est beau et ça fait du bien.

  3. juin 24, 2009 10:13

    bonnie, quel plaisir de cliquer sur ton blog et de voir qu’il y a un nouveau billet… ce billet est très beau, très serein aussi, avec beck en touche finale. ah sans toi, la blogosphère était comme incomplète, imparfaite… et maintenant, enfin, nous pouvons dire « que la fête commence ». ah oui, merci pour tes mots si touchants.

  4. juin 24, 2009 12:00

    Hello Bonnie,

    Ca fait du bien de te retrouver ici, et ton texte est très beau, pas d’inquiétude là-dessus…

    La peur et le courage de l’affronter… Je suis sure que Cantona a dû dire quelque chose là-dessus dans le dernier Ken Loach, mais je ne pourrais pas citer de mémoire… Je te laisse imaginer !

  5. juin 24, 2009 8:16

    Il ne faut pas avoir peur, d’autant plus quand on écrit de si beaux textes.
    Mais c’est connu, le talent voyage souvent avec la trouille.
    Ce texte me parle Bonnie.

  6. juin 25, 2009 7:58

    Bravo Bonnie.
    Contente de te lire enfin de nouveau..
    Continue, ça nous manquait. Surtout pour écrire si bien ces choses si vraies.

  7. juin 25, 2009 10:31

    Merci, merci, merci. Très touchée par vos messages et heureuse de savoir que ce texte vous parle aussi.
    Il y a depuis des années chez moi un perfectionnisme rampant, qui me plonge souvent dans des affres de léthargie, si j’estime mes actions / productions non-conformes à mes « critères »…
    Plus une tendance à faire de l’humour à tout crin, même quand l’humeur n’y est pas.
    J’ai, comme qui dirait, une violence envie de casser tout ça.

  8. juillet 1, 2009 8:07

    ouch, quelle belle écriture que voici présentée, n’en déplaise à ta peur.

    j’espère que tu vas continuer à livrer ce genre de réussite « baclée » et pas perfectionnée. Au minimum.

  9. juillet 1, 2009 8:40

    Aaaaah mais tu es en train de lire TOUT le blog !! :-)

  10. juillet 1, 2009 8:42

    ah nan, j’ai lu pas mal de trucs, mais pas tout, je crois pas. Genre les CGU, les pubs, les fils RSS, etc… j’en ai lu que 3-4 et j’ai abandonné…

  11. juillet 2, 2009 5:02

    Ben oui… c’est quoi ce passage à vide ? J’ai du retard – ça fait déjà 10 jours ! Bon, ça va mieux ?

    Et pour ton texte, il est bien ; tu voudrais parler de la déprime avec une précision de grammairienne ? Comme on boit le thé, le petit doigt sur l’anse en porcelaine ? T’emmerde pas à peaufiner les virgules et continue sur cette lancée ! Enfin, ce que j’en pense…

  12. Marc-Henri permalink
    juillet 7, 2009 3:13

    J’arrive tard… mais comme dit l’Autre (tu sais celui qu’on ne rencontre jamais) il n’est jamais trop tard…
    Quand on laisse la lumière rentrer par ses failles, ça éclaire forcément de l’intérieur et j’aime vraiment quand tu laisses rentrer un peu d’éclairage… C’est aussi tout l’art de l’image, celui qui t’est cher, l’ombre et la lumière qui façonnent l’immobilité des mouvements…. du coeur.
    Bravo miss B.
    C’est tout simplement touchant…Très.

    • juillet 7, 2009 6:47

      Marc Henri ?
      J’imagine que tu seras moins content de savoir que je rererererererererererefume…
      Hum

  13. juillet 8, 2009 8:22

    Bon comme Bonnie… Pour qui j’invoque Leonard Cohen : « Il y a une faille dans toute chose. C’est pas là qu’entre la lumière. » Applaudissements massifs, foule en délire à moi toute seule, je suis fan. Mais de la clope… je ne dis rien, fumeuse impénitente que je suis (encore – l’adverbe signifie l’espoir du changement).

  14. juillet 22, 2009 10:42

    c rusé ici faut commenter au-dessus du texte!! c’est pour pas etre ebloui?^^
    searching for satori
    the kick in the eye

  15. juillet 22, 2009 12:11

    Ouais, pourtant sur les autres thèmes wordpress, c’est pas comme ça… Dis donc, je suis allée chercher – vu que je comprenais rien à ton commentaire – sur google et il fait un peu peur, le chanteur de Bauhaus quand même… ça me rappelle les Sparks qui me faisaient flipper, gamine.

Trackbacks

  1. But seriously ?! « bonnie parcoeur

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