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Los amorosos – Jaime Sabines

juillet 18, 2009
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Les amoureux

Les amoureux se taisent.

L’amour est le silence le plus délicat,
le plus tremblant, le plus insupportable.
Les amoureux cherchent,
les amoureux sont ceux qui abandonnent,
qui changent, ils sont ceux qui oublient.

Leur cœur leur dit qu’ils ne trouveront jamais,
ils ne trouvent pas, ils cherchent.
Les amoureux vont comme des fous
parce qu’ils sont seuls, seuls, seuls,
à s’abandonner, à se donner à tout moment,
pleurant parce qu’ils ne sauvent pas l’amour.

L’amour les préoccupe. Les amoureux
vivent au jour le jour, ils ne peuvent, ils ne savent pas faire autrement.
Toujours ils s’en vont,
toujours, vers quelque part.
Ils attendent,
ils n’attendent rien mais ils attendent.

Ils savent qu’ils ne trouveront jamais.
L’amour est le prolongement perpétuel,
toujours le prochain pas, l’autre, et puis l’autre.

Les amoureux sont les insatiables,
ceux qui toujours – c’est drôle ! – seront seuls.
Les amoureux sont l’Hydre de l’histoire.

Ils ont des serpents à la place des bras.
Les veines de leur cou enflent
comme des serpents aussi pour les asphyxier.
Les amoureux ne peuvent pas dormir
parce que s’ils s’endorment les vers les dévoreront.
Dans l’obscurité ils ouvrent les yeux
et la terreur leur tombe dessus.
Ils trouvent des scorpions sous les draps

et leur lit flotte comme sur un lac.

Les amoureux sont fous, ils ne sont que fous,
sans dieu et sans diable.
Les amoureux sortent de leur caverne
tremblants, affamés,
pour chasser les fantômes.
Ils se rient de ceux qui savent tout,
de ceux qui aiment à perpétuité, pour de vrai,
de ceux qui croient que l’amour est une lampe à l’huile inépuisable.

Les amoureux jouent à attraper l’eau,
à tatouer la brume, à ne pas s’en aller.
Ils jouent au long, au triste jeu de l’amour.
Personne ne doit se résigner.
Ils disent que personne ne doit se résigner.
Les amoureux rougissent de toute conformation.

Vides, mais vides de part en part,
la mort fermente derrière leurs yeux,
et ils marchent, ils pleurent jusqu’à l’aube
des trains et des coqs prenant leur douloureux congé.

Ils sentent parfois le parfum d’une terre qui vient de naître,
l’odeur de femmes qui dorment une main sur le sexe, satisfaites,
le parfum de sources tendres et de cuisine.
Les amoureux se mettent à fredonner une chanson
qu’ils n’ont pas apprise.
Et ils s’en vont pleurant, pleurant
la vie merveilleuse.

Traduction (et quelle traduction !) : Annabelle Cerezo

jaime-sabines

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10 commentaires leave one →
  1. juillet 18, 2009 4:02

    Ce texte me laisse sans doigts…

    (vu que c’est avec eux que j’écris)

  2. juillet 18, 2009 5:07

    Oh comme ça me fait plaisir ça… :))

  3. juillet 19, 2009 12:33

    très fort et puissant.

  4. juillet 20, 2009 11:49

    lindissimo !

  5. juillet 20, 2009 2:11

    ben elle est où bonnie ? elle nous laisse avec ces mots magnifiques et hop, plus rien… :-)

  6. juillet 20, 2009 5:06

    Quel texte! Quelle traduction!

  7. juillet 20, 2009 6:10

    @ toutes : heureuse que le texte vous plaise, dans sa limpidité et sa puissance pour emprunter le mot d’Airuos. Merci à Annabelle de l’avoir traduit et porté à ma connaissance ! Et oui, l’Armadio, c’est vrai que toi tu t’y connais en traduction ! :)

  8. juillet 21, 2009 12:28

    J’adore… Merci pour cette paranthèse pleine de poésie et d’amour, une paranthèse enchantée pendant ma journée de travail !

  9. juillet 21, 2009 8:10

    Tout le plaisir est pour moi chère Bonnie. (Et merci au passage à L’Armadio quant à la trad)

    • Bilou permalink
      août 18, 2009 9:12

      Magnifique, même si la version originale avec ses mots pleins de « o » sonne encore plus fort. Sonne et sonne encore tellement ces mots sont bien assemblés. Si seulement tout ça pouvait ne pas être vrai.

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